Mode/ Fashion

LA MECANIQUE DES DESSOUS

la mecanique des dessous la mecanique des dessous la mecanique des dessous la mecanique des dessous la mecanique des dessous la mecanique des dessous la mecanique des dessous la mecanique des dessous la mecanique des dessous zoom
LA MECANIQUE DES DESSOUS
A Paris, Au Musée des Arts Décoratifs du 5 juillet au 24 novembre 2013.
Sous la direction de Denis Bruna

Nous avons un peu contribué à cette exposition, en prêtant des pièces et en mettant les arts décoratifs en relation avec d’autres collectionneurs privés, comme la canadienne Mélanie Talkington qui a fourni la majorité des corsets. Si je vous la recommande, ce n’est pas pour cela, mais parce qu’elle est aussi belle qu’instructive.

Son sujet n’est pas la lingerie, mais toutes les infrastructures qui ont façonné la silhouette pour la conformer aux exigences de la mode, depuis le 14e siècle. Au fil du temps, l’accent s’est porté sur des parties différentes de l’anatomie. Mais les artifices pour la redessiner sont restés une constante.
Quitte à recourir à l’orthopédie, au sens originel du terme. Le mot fut créé en 1741, à partir des mots grecs : ‘orthos’ (droit) et ‘paidon’ (enfant) ; son objectif était la prévention plus que la correction de difformités du corps. Dès que le nourrisson quittait les langes, son petit corps encore mou était corseté sous la robe. Vers 5 ou 6 ans, le garçonnet recevait ses premiers hauts de chausses et devenait ainsi un petit homme. Tandis que la fille restait sa vie entière sous le régime de la robe et du corset ; celle-ci s’allongeait, celui-ci se durcissait lorsqu’elle devenait nubile. Cette contention visait à modeler les formes de la jeune fille aux critères esthétiques, mais aussi son maintien aux exigences sociales. La rectitude du corps reflétait celle de l’âme.
Vertugadin, paniers, crinoline, cage et tournures : les jupons des femmes ont abrité des prodiges d’inventivité à en faire oublier leurs fesses. Les structures amplifiant les jupes et parfois les manches soulignaient par contraste la finesse de la taille corsetée.
Tous ces artifices n’avaient d’autre fonction que d’exacerber le dimorphisme sexuel. Car l’idéal féminin se définissait en opposition à un idéal masculin.

Si l’on excepte les braguettes de la renaissance, ce n’était pas par l’exhibition de ses attributs que la virilité s’exprimait. Au 14e siècle, sous l’influence des militaires, les messieurs ont abandonné la robe pour le costume court et ajusté au torse, qui laisse les jambes plus ou moins découvertes. Cette silhouette masculine n’a pas été exempte d’artifices non plus. C’est surtout par la structure du vêtement de dessus qu’ont l’a rendue plus flatteuse. Du pourpoint à la redingote, en passant par l’habit à la française, entoilages et rembourrages n’ont cessé d’accentuer tantôt le poitrail, tantôt la carrure. Le disgracieux panseron de la fin du 16e s’explique par son analogie avec celui qui était sensé protéger les soldats des balles. L’apparence virile devait toujours être, sinon guerrière, du moins active.
Tant que la culotte les laissa découverts, des mollets musclés restèrent un critère de beauté masculine. Bien que les hommes de qualité allassent à cheval ou en chaise, on exigeait d’eux des jambes de solides marcheurs. Ceux qui étaient complexés par leurs cannes de serin recouraient à de honteuses prothèses : les faux mollets.

L’exposition retrace ensuite l’évolution des sous-vêtements des deux sexes depuis le début du 20e siècle. La visite s’achève par les évocations et détournements de ces structures passées par les couturiers contemporains tels que J.P. Gautier, T. Mugler, A. Mc Queen, Comme-des-garçons ou I. Van Herpen. A travers ces divers avatars, la morphologie apparaît comme plus culturelle que naturelle. A faire douter qu’il existe un corps normal, juste des corps normalisés…

Cette exposition est une belle mécanique, bien huilée. Recourant à des automates et des costumes essayables, elle réussit à être ludique pour le grand public en restant toujours didactique. Seule critique récurrente aux présentations des Arts Décoratifs : les cartels, que la faible luminosité rend difficilement lisibles.

Pour plus de précisions, voir le site des arts décoratifs : , qui comporte des extraits du catalogue de l’exposition.

En rapport avec le sujet, voir aussi deux articles que j’avais précédemment publiés ici-même :
- Sur les dessous féminin de 1800 à 1950 : Du corset à la guêpière.
- Sur les transformations de la silhouette : Bustes de couturières et-métamorphoses des corps.

Erwan de Fligué (Falbalas)